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Le Québec en déficit éolien
HUGO JONCAS, LES AFFAIRES, 2010/03/06.
Cartier Énergie vient de renoncer à son
projet éolien des Méchins, en Gaspésie.
L'été dernier, Kruger Énergie a décidé
d'abandonner son projet de Sainte-Luce. En 2008, c'est SkyPower qui remballait
ses éoliennes au port de Cacouna. En fait, 419 des 4 000
mégawatts (MW) d'énergie éolienne promis d'ici 2015 par
Hydro-Québec sont partis au vent. De plus, la réalisation du
projet de Northland Power à Mont-Louis est menacée, tandis que
Saint-Laurent Énergies a dû changer l'emplacement de son parc.
C'est sans compter l'opposition à laquelle font face plusieurs projets
prévus. Tour d'horizon des projets abandonnés ou
problématiques.
Projet abandonné : Les Méchins
Promoteur : Cartier Énergie
Puissance projetée : 150 MW
Coût prévu : 200 millions
Cartier Énergie renonce à son projet
des Méchins, à l'est de Matane, en Gaspésie, car il ne
peut pas être réalisé sans le consentement de 130
propriétaires fonciers. Les négociations se sont heurtées
aux options de renouvellement des baux des terrains où les
éoliennes devaient être érigées. " Il y avait
très peu d'accès pour se rendre au parc d'éoliennes, dit
Luc Leblanc, porte-parole de Cartier. Dans ce contexte, c'était
très important pour nous d'avoir des options de renouvellement des baux
après l'expiration des premiers contrats, dans 25 ans, afin de nous
assurer d'avoir un accès aux éoliennes. Deux ou trois
propriétaires stratégiques pouvaient faire couler le projet.
"
Cartier Énergie devra payer trois millions de
dollars en pénalité à Hydro-Québec, selon les
termes du contrat signé à la suite de l'appel d'offres de 1 000
MW.
Projet abandonné : Sainte-Luce
Promoteur : Kruger Énergie
Puissance projetée : 68 MW
Coût projeté : 200 millions
Lors d'un référendum tenu en mai 2009,
les citoyens de Saint-Luce-sur-Mer, dans le Bas-Saint-Laurent, ont voté
contre l'installation d'éoliennes à moins de cinq
kilomètres des rives. Le promoteur, Kruger Énergie, a alors
renoncé au projet, jugeant qu'il n'était plus rentable en
fonction de cette nouvelle exigence. Pénalité payable à
Hydro-Québec : 680 000 $. Ce projet était planifié dans le
cadre du deuxième appel d'offres d'Hydro-Québec, qui totalisait 2
000 MW.
Projet abandonné : Rivière-du-Loup
Promoteur : SkyPower
Puissance projetée : 201 MW
Coût projeté : 400 millions
Cela devait être le plus important parc
éolien du Canada, négocié de gré à
gré entre l'ontarienne SkyPower et Hydro-Québec en 2004. Six ans
plus tard, les promoteurs éoliens présents au Québec
citent ce projet en exemple de ce qu'il ne faut pas faire. La population locale
a exigé que le projet soit révisé de façon à
en réduire l'impact sur le paysage.
Au début, SkyPower a fait la sourde oreille et
a menacé de plier bagage. Puis, elle a accepté de réduire
le nombre d'éoliennes et de déplacer celles qu'elle devait
installer près du fleuve. Mais ces changements avaient un coût.
L'entreprise a donc voulu rouvrir le contrat conclu avec Hydro-Québec,
qui prévoyait un prix de 5,7 cents le kilowattheure pour
l'énergie promise. Hydro-Québec a refusé. SkyPower a alors
multiplié les ultimatums, pour finalement vendre les équipements
prévus pour le projet...
Projet menacé : Mont-Louis
Promoteur : Northland Power
Puissance projetée : 100,5 MW
Coût projeté : 238 millions
L'ontarienne Northland Power aura fort à faire
pour produire ses premiers électrons comme prévu, d'ici le 31
décembre 2010. Elle négocie une aide financière avec
Investissement Québec et n'a pas d'entente avec un fabricant d'éoliennes
pour ce projet. Le fournisseur prévu au départ, le turbinier
québécois AAER, vient de se retirer du projet. Northland Power
est maintenant en pourparlers avec General Electric.
Projet déplacé : Aguanish
Promoteur : Saint-Laurent Énergies
Puissance projetée : 80 MW
Coût projeté : 160 millions
La Régie de l'énergie a approuvé
en janvier le déménagement du projet de Saint-Laurent
Énergies, qui était d'abord prévu à Aguanish, sur
la Basse-Côte-Nord. Les éoliennes seront plutôt
érigées 1 000 kilomètres plus loin, à
Saint-Robert-Bellarmin, en Estrie. Le consortium, composé
d'Électricité de France, de la québécoise
Hydroméga et de la britannique Renewable Energy Systems, pense qu'il y
recevra un accueil plus favorable de la collectivité. La MRC de Minganie
a adopté au début de 2009 un règlement qui édictait
que les éoliennes soient installées loin des rives du fleuve, ce
qui rendait le projet irréalisable, selon Stéphane Boyer,
directeur général de Saint-Laurent Énergies. Les
éoliennes auraient alors dû être installées dans des
tourbières inaccessibles ou dans des endroits peu venteux, dit-il.
Québec songe à un autre appel d'offres
Nathalie Normandeau, ministre des Ressources
naturelles et de la Faune, pourrait lancer un nouvel appel d'offres pour combler
le vide laissé par l'abandon de divers projets éoliens au
Québec, a appris Les Affaires.
Son cabinet jongle avec cette idée,
après l'annonce de l'abandon du projet de Cartier Énergie
à Les Méchins. Cette décision crée un manque de 150
mégawatts (MW) dans la réalisation des engagements de
Québec, qui avait prévu intégrer 4 000 MW d'énergie
éolienne dans son réseau.
À la suite de l'abandon des projets de Kruger
Énergie à Saint-Luce et de SkyPower à
Rivière-du-Loup, la filière éolienne
québécoise enregistre un manque à gagner de 419 MW, soit
plus de 10 % de l'objectif gouvernemental.
" Nous suivons la situation de près,
indique Christian Tanguay, attaché de presse de Mme Normandeau. Ce n'est
pas exclu qu'il y ait de nouveaux appels d'offres pour réaliser les
mégawatts manquants ", dit-il.
Malgré
l'abandon de projets, la ministre répète qu'elle vise 4 000 MW
d'énergie éolienne d'ici 2015. Trois appels d'offres totalisant 3
500 MW ont été lancés, dont un de 500 MW en avril 2009. Le
reste provient de projets négociés de gré à
gré avant le premier appel d'offres, clos en 2004.
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